Famille Deschamps
de la pointe de Repentigny


La Pointe Deschamps

Le nom de ce lieu a-t-il pu exister? En 1670, Jean-Baptiste Legardeur y aménagea son domaine. Après 1746, les propriétaires de ce territoire seigneurial devinrent les membres de la famille Deschamps. En 1900, les estivants l’ont appelé Repentigny-les-Bains. En 1957, cette pointe devint le secteur ouest de la ville de Repentigny.

Un peu d’histoire

Jean-Baptiste Legardeur, fils héritier de Pierre Legardeur et deuxième seigneur de Repentigny, fit construire à la pointe ouest de sa seigneurie, en 1670, les bâtiments de son domaine seigneurial pour respecter ses engagements envers les autorités. Ainsi le manoir, une grange, des bâtiments de services et un moulin à vent furent construits en 1670-71. Quant à la chapelle, elle fut érigée en 1678-79. Puis il devint nécessaire de protéger ces lieux par une haute palissade, en pieux debout, contre les menaces des Iroquois qui effectuaient diverses escarmouches dans la colonie telle, en juillet 1690, la bataille de la coulée Grou [voir].

Cet enclos, conçu par le seigneur et militaire Jean-Baptiste Legardeur, pouvait être un fort dissuasif pouvant contrôler les déplacements à l’embouchure des rivières de L’Assomption et des Prairies, lesquelles communiquaient avec les eaux du fleuve Saint-Laurent. Si l'enclos avait une apparence militaire avec ses bastions, le fort devait ressembler à celui des autres lieux de défense comme à Lachine, à Pointe-aux-trembles ou à Verchères. Il était plus qu'une redoute, les forts Gervais (entre le bourg Pointe-aux-Trembles et le Bout-de-L'Île) et Desroches (Rivière-des-Prairies) ne servaient qu'à la protection obligée des habitants.

Les fortifications autour du manoir des Legardeur ont pu exister jusqu'en 1701, l'année de la Grande Paix de Montréal [voir]. Après 1701, le fort fut-il encore nécessaire? Il semble qu'il ait été délaissé! Chose certaine, c’est qu'en 1746, soit soixante-seize ans après les constructions, Dame Agathe Legardeur, petite-fille de Jean-Baptiste Legardeur et veuve de François-Marie Bouat, vendit les terres du Domaine ainsi que les bâtiments à Claude Deschamps, habitant de la rive nord de la rivière L'Assomption. Dans l'acte de vente, il n'est pas fait mention d'un lieu fortifié.

Claude Deschamps venait d'acquérir à très bon prix les quelque 217 arpents du domaine des Legardeur. En 1757, il donna ces terres en héritage à son fils Joseph.

Après leur mariage, le 30 septembre 1760, Joseph Deschamps et Marie-Josèphe Richaume allèrent demeurer sur les terres de l'ancien domaine des Legardeur.

Entre la conquête en 1759 et le traité de Paris en 1763, alors que disparaissait la Nouvelle-France, les activités économiques tout comme le travail rural sont difficiles. Joseph, en homme réfléchi et structuré, avait pris conscience qu'il fallait évaluer l'aménagement du vieux manoir ou la construction d’une nouvelle maison.

Joseph constata l’aspect désuet du manoir des Legardeur fait de pièces de bois empilées les unes sur les autres et vieux de quatre-vingt-dix ans. L’ancien manoir fut abandonné par Joseph lorsqu'il eut construit une grande maison pour loger sa famille et pour répondre aux besoins croissant du poste de relais et du commerce de la grande traverse. La date de construction n’est pas encore connue. Par contre, cette maison existait en 1800 puisqu’elle est mentionnée dans l’acte de donation.

Malgré ses obligations de maître de poste et de traversier, Joseph fut d'abord un cultivateur qui s'impliqua dans la mise en culture du territoire.

Au recensement de 1831, ses fils, Joseph et Antoine, enregistraient des rendements agricoles remarquables. Joseph fut le plus grand producteur de blé, d'avoine, de seigle, de sarrazin et de pomme de terre de Repentigny.

Ulric, le seul héritier de Joseph fils, pouvait exploiter, en 1845, l'ensemble agricole. Ulric se hissa au premier rang des producteurs agricoles de tout Repentigny. À ses deux fils, Michel-Ulric et Joseph François-Xavier, Ulric légua des terres plus que centenaires. Ceux-ci ont poursuivi l'agriculture jusqu’aux années 1950.

Ce grand territoire s'appela-t-il Pointe Deschamps à cause de ces importants producteurs agricoles? Géographiquement, c'est une pointe entre le fleuve et la rivière L'Assomption. Sur ces terres très productives, il n'y avait alors que la famille Deschamps!

Le chemin du Roy traversait les terres de Deschamps sur plus d'un kilomètre et rejoignait la traverse gérée par les membres de cette famille. Alors peut-on parler de la Pointe Deschamps? Encore plus : à l’occasion, certains voyageurs devaient s’arrêter pour la nuit et coucher à l’hôtel Deschamps.

Sur ces terres apparurent les premiers bouleversements à la fin du XIXe siècle : Joseph François-Xavier Deschamps, fils d'Ulric, mit en vente des terrains à des Montréalais qui voulaient profiter du territoire champêtre de la Pointe. L’influence de ces estivants imposa l'appellation « Repentigny-les-Bains ». Leur présence nécessita une chapelle d’été pour répondre à leurs devoirs dominicaux.

Ce début du morcellement des grandes terres des Deschamps marqua le passage du XXe siècle. D’autres lotissements pour des commerces, restaurants et stations-services, se firent tout le long du chemin du Roy, devenu la route 2 au début des années 1940.

Le prochain bouleversement se produisit lorsque Jean Deschamps, petit-fils de Joseph François-Xavier, eut l'initiative de créer le premier développement résidentiel de Repentigny. Avec des collègues, Jean Deschamps conçut en 1949 le premier centre coopératif d'habitation appelé Notre-Dame-des-Champs qui groupera 168 maisons sur les terres des Deschamps. Ce fut le début d’une agglomération résidentielle car d’autres développements domiciliaires virent le jour.

Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'organisation sociale de Repentigny reposait sur l'agriculture. Depuis 1855 jusqu'aux années 1940, une population assez stable, moins de mille habitants occupaient le territoire. L'augmentation très rapide de la population, en une dizaine d’années, s’explique par les nombreux projets de construction qui se développèrent à la grandeur de la municipalité villageoise devenue ville en 1957.

La vie urbaine, la croissance de la population, les services municipaux, les établissements industriels et commerciaux font partie des enjeux depuis les années 1960.

À la Pointe, les développements domiciliaires obligèrent la mise en place de deux écoles modernes, Notre-Dame-des-Champs (1957) et Jean XXIII (1959), la création d’une deuxième paroisse à Repentigny, celle de Notre-Dame-des-Champs (1957) dont le territoire est à peine plus grand que celui de l'ancien domaine des Legardeur, l'arrivée d'un premier centre commercial, Place Repentigny (1959), la fondation du premier centre hospitalier Hôpital Le Gardeur (1961).

SEPTEMBRE 2018 © Laurent Deschamps